De plus en plus d’entreprises genevoises diffusent leurs offres d’emploi directement en France voisine. Plateformes françaises, agences locales, réseaux ciblés côté Annemasse ou Saint-Julien : le recrutement ne s’arrête plus à la frontière.

Officiellement, rien d’illégal. Le marché du travail est ouvert, les accords bilatéraux permettent la libre circulation, et les entreprises cherchent avant tout des compétences disponibles rapidement.

Mais une réalité économique s’ajoute à cette dynamique : le salaire.

À Genève, les niveaux de rémunération restent élevés en comparaison européenne. Pourtant, pour certaines entreprises, recruter un frontalier permet de maintenir des salaires plus contenus, notamment sur certains postes intermédiaires ou peu qualifiés. Un même salaire peut être attractif pour quelqu’un vivant en France, tout en étant insuffisant pour un résident local.

C’est ici qu’apparaît un autre argument souvent avancé : la fameuse pénurie de main-d’œuvre.

Mais de quelle pénurie parle-t-on vraiment ?

Dans de nombreux cas, il ne s’agit pas d’un manque absolu de travailleurs, mais d’un manque de candidats prêts à accepter certaines conditions. Lorsque les salaires ou les perspectives ne correspondent pas au coût de la vie genevois, les candidats locaux se détournent — logiquement.

Autrement dit : si les conditions évoluent, les candidatures suivent.

Parler de pénurie sans interroger le niveau de rémunération ou l’attractivité des postes, c’est peut-être éviter une question plus inconfortable.

Pendant ce temps, publier des offres directement en France devient une solution simple, rapide, efficace. Mais aussi un raccourci.

Car en contournant le marché local, on évite aussi de s’y adapter.

La question n’est pas tant de savoir s’il faut interdire — une telle mesure serait difficile à appliquer et irait à l’encontre des accords existants — mais plutôt de réfléchir aux conséquences à long terme.

Faut-il mieux encadrer ces pratiques ?

Inciter davantage à recruter localement ?

Ou renforcer les obligations en matière de formation et d’apprentissage ?

Car derrière ces annonces publiées de l’autre côté de la frontière, c’est tout un modèle qui se dessine : un marché du travail de plus en plus transfrontalier, mais peut-être de moins en moins ancré localement.

Interdire serait une réponse brutale.

Ne rien faire pourrait être une erreur silencieuse.

Entre les deux, il reste un vrai débat à ouvrir.

Patron, voulez-vous vraiment continuer à embaucher des frontaliers ?