À Genève, former semble parfois devenir secondaire. Pourquoi investir du temps et des ressources dans un apprenti, quand il suffit d’embaucher quelqu’un déjà opérationnel de l’autre côté de la frontière ?

Le modèle est simple : le travailleur frontalier arrive, travaille immédiatement, puis rentre chez lui. Pas de parcours à construire, pas de formation à financer, pas de contraintes administratives lourdes. Pour certaines entreprises, c’est une solution rapide et efficace.

Mais à long terme, cette logique pose question.

Genève affiche aujourd’hui un retard notable en matière de places d’apprentissage comparé au reste de la Suisse. Un signal qui interroge : que devient la formation locale si elle n’est plus une priorité ?

Dans certains services de ressources humaines, on observe aussi une réalité particulière : des recruteurs venant de l’étranger embauchent majoritairement des profils similaires aux leurs. Un phénomène naturel, peut-être, mais qui peut aussi créer un cercle fermé, peu connecté au système de formation suisse.

Derrière le discours sur l’ouverture et la mobilité européenne, une autre dynamique se dessine : un système qui fonctionne tant qu’il peut s’appuyer sur un flux constant de main-d’œuvre déjà formée ailleurs.

Mais que se passe-t-il si ce flux ralentit ?

La question mérite d’être posée. Car sans investissement dans la formation locale, le risque est de fragiliser progressivement le tissu économique régional.

Pour l’instant, tout semble tenir. Les entreprises trouvent les compétences dont elles ont besoin, les finances publiques restent solides. Mais à plus long terme, ignorer la formation pourrait bien devenir un pari risqué.