Dans le canton de Genève, le taux d’aide sociale économique s’élève à environ 6,2 % en 2022, soit 31 786 personnes concernées dans 19 589 dossiers. Parmi ces dossiers, plus de la moitié (52 %) concernent des bénéficiaires dont la durée d’octroi dépasse trois ans.
Le principe de cette aide sociale est non seulement de subvenir aux besoins immédiats, mais aussi de favoriser l’insertion professionnelle des titulaires. C’est là que le bât blesse.
Car comment trouver un emploi stable à Genève quand la région accueille plus de 110 000 travailleurs frontaliers (≈ 115 000 actifs frontaliers début 2025) dans un contexte de concurrence de main-d’œuvre transfrontalière ?
Avec un bassin de travailleurs qui résident par exemple en France voisine et qui peuvent intervenir pour des rémunérations parfois moindres ou avec une flexibilité différente, les titulaires de l’aide sociale genevoise se trouvent en situation d’« outsiders ». Le profil souvent proposé en insertion – emplois peu qualifiés, services, hôtellerie, logistique – est exactement celui où opèrent aussi de nombreux frontaliers.
Le résultat : malgré un accompagnement social et financier assuré par Hospice général et les services de l’État, de nombreux bénéficiaires voient leur réinsertion freinée. Le marché local est saturé, et avec un coût de la vie élevé, un emploi mal payé ne suffit pas à sortir durablement de l’aide sociale.
Que faire ?
- Il faut renforcer la formation professionnelle ciblée, pour que les bénéficiaires puissent viser des emplois qualifiés moins exposés à la concurrence frontalière.
- Développer des partenariats publique-privé qui privilégient l’embauche locale en insertion.
- Promouvoir des « emplois d’utilité sociale » dans le canton, réservés prioritairement aux titulaires de l’aide sociale, pour garantir une sortie durable.
- Enfin, repenser les incitations à l’emploi : non seulement le poste, mais que le revenu permette de vivre à Genève sans retomber dans la précarité.